—Sarah, reprit Thomas Seyton après un moment de silence, vous êtes entre la vie et la mort... une émotion violente pourrait vous tuer... comme elle pourrait vous sauver.
—Je n'ai plus d'émotions à éprouver, mon frère.
—Peut-être...
—La mort de Rodolphe me trouverait indifférente... le spectre de ma fille noyée... noyée par ma faute... est là... toujours là... devant moi... Ce n'est pas une émotion... c'est un remords incessant. Je suis réellement mère... depuis que je n'ai plus d'enfant.
—J'aimerais mieux retrouver en vous cette froide ambition qui vous faisait regarder votre fille comme un moyen de réaliser le rêve de votre vie.
—Les effrayants reproches du prince ont tué cette ambition, le sentiment maternel s'est éveillé en moi... au tableau des atroces misères de ma fille.
—Et..., dit Seyton en hésitant et en pesant pour ainsi dire chaque parole, si par hasard, supposons une chose impossible, un miracle, vous appreniez que votre fille vit encore, comment supporteriez-vous une telle découverte?
—Je mourrais de honte et de désespoir à sa vue.
—Ne croyez pas cela, vous seriez trop enivrée du triomphe de votre ambition! Car enfin, si votre fille avait vécu, le prince vous épousait, il vous l'avait dit.
—En admettant cette supposition insensée, il me semble que je n'aurais pas le droit de vivre. Après avoir reçu la main du prince, mon devoir serait de le délivrer... d'une épouse indigne... ma fille, d'une mère dénaturée...