—Nous voyons le gredin monter sur l'impériale à côté du conducteur.

—Et enfin, au moment où la voiture s'ébranle, Cabrion m'aperçoit, me reconnaît, se retourne et me crie: «Je pars pour toujours... à toi pour la vie!» Heureusement la trompette du conducteur étouffa presque ces derniers mots et ce tutoiement indécent que je méprise... car enfin, Dieu soit loué, il est parti.

—Et parti pour toujours, croyez-le, monsieur Pipelet, dit Rigolette en comprimant une violente envie de rire. Mais ce que vous ne savez pas, et ce qui va bien vous étonner... c'est que M. Rodolphe était...

—Était?

—Un prince déguisé... une altesse royale.

—Allons donc, quelle farce! dit Anastasie.

—Je vous le jure sur mon mari... dit très-sérieusement Rigolette.

—Mon roi des locataires... une altesse royale! s'écria Anastasie. Allllez donc!... Et moi qui l'ai prié de garder ma loge!... Pardon... pardon... pardon...

Et elle remit machinalement son bonnet, comme si cette coiffure eût été plus convenable pour parler d'un prince.

Par une manifestation diamétralement opposée quant à la forme, mais toute semblable quant au fond, Alfred, contre son habitude, se décoiffa complètement et salua profondément le vide en s'écriant:—Un prince, une altesse dans notre loge!... Et il m'a vu sous le linge quand j'étais au lit par suite des indignités de Cabrion!