Cette cour, formant un long parallélogramme, était plantée d'arbres, garnie de bancs; de chaque côté régnait une galerie d'une étrange construction; des cellules largement aérées avaient accès sur cette galerie; une cinquantaine d'hommes, uniformément vêtus de gris, se promenaient, causaient, ou restaient silencieux et contemplatifs, assis au soleil.
Rien ne contrastait davantage avec l'idée qu'on se fait ordinairement des excentricités de costume et de la singularité physiognomonique des aliénés; il fallait même une longue habitude d'observation pour découvrir sur beaucoup de ces visages les indices certains de la folie.
À l'arrivée du docteur Herbin, un grand nombre d'aliénés se pressèrent autour de lui, joyeux et empressés, en lui tendant leurs mains avec une touchante expression de confiance et de gratitude, à laquelle il répondit cordialement en leur disant:
—Bonjour, bonjour, mes enfants.
Quelques-uns de ces malheureux, trop éloignés du docteur pour lui prendre la main, vinrent l'offrir avec une sorte d'hésitation craintive aux personnes qui l'accompagnaient.
—Bonjour, mes amis, leur dit Germain en leur serrant la main avec une bonté qui semblait les ravir.
—Monsieur, dit Mme Georges au docteur, est-ce que ce sont des fous?
—Ce sont à peu près les plus dangereux de la maison, dit le docteur en souriant. On les laisse ensemble le jour; seulement, la nuit on les renferme dans des cellules dont vous voyez les portes ouvertes.
—Comment! ces gens sont complètement fous?... Mais quand sont-ils donc furieux?...
—D'abord... dès le début de leur maladie, quand on les amène ici; puis peu à peu le traitement agit, la vue de leurs compagnons les calme, les distrait... la douceur les apaise, et leurs crises violentes, d'abord fréquentes, deviennent de plus en plus rares... Tenez, en voici un des plus méchants.