—N'est-ce pas cette veuve Martial qui a montré tant de cynisme dans les débats?

—Elle-même.

—Et qu'a-t-elle fait encore?

—Elle avait demandé à être enfermée dans le même cabanon que sa fille jusqu'au moment de leur exécution. On avait accédé à sa demande. Sa fille, beaucoup moins endurcie qu'elle, paraît s'amollir à mesure que le moment fatal approche, tandis que l'assurance diabolique de la veuve augmente encore, s'il est possible. Tout à l'heure le vénérable aumônier de la prison est entré dans leur cachot pour leur offrir les consolations de la religion. La fille se préparait à les accepter, lorsque sa mère, sans perdre un moment son sang-froid glacial, l'a accablée, elle et l'aumônier, de si indignes sarcasmes, que ce vénérable prêtre a dû quitter le cachot après avoir en vain tenté de faire entendre quelques saintes paroles à cette femme indomptable.

—À la veille de monter à l'échafaud! une telle audace est vraiment effrayante, dit le docteur.

—Du reste, on dirait une de ces familles poursuivies par la fatalité antique. Le père est mort sur l'échafaud, un autre fils est au bagne, un autre, aussi condamné à mort, s'est dernièrement évadé. Le fils aîné seul et deux jeunes enfants ont échappé à cette épouvantable contagion. Pourtant cette femme a fait demander à ce fils aîné, le seul honnête homme de cette exécrable race, de venir demain matin recevoir ses dernières volontés.

—Quelle entrevue!

—Vous n'êtes pas curieux d'y assister?

—Franchement non. Vous connaissez mes principes au sujet de la peine de mort, et je n'ai pas besoin d'un si affreux spectacle pour m'affermir encore dans ma manière de voir. Si cette terrible femme porte son caractère indomptable jusque sur l'échafaud, quel déplorable exemple pour le peuple!

—Il y a encore quelque chose dans cette double exécution qui me paraît très-singulier, c'est le jour qu'on a choisi pour la faire.