—Pauvre sœur... il est trop tard... maintenant.

—Jamais... trop tard... pour être lâche! dit la mère avec une fureur froide. Oh! quelle race! quelle race! Heureusement Nicolas est évadé. Heureusement François et Amandine... t'échapperont... Ils ont déjà du vice... la misère les achèvera!

—Ah! Martial, veille bien sur eux... ou ils finiront... comme nous deux ma mère. On leur coupera aussi la tête! s'écria Calebasse en poussant de sourds gémissements.

—Il aura beau veiller sur eux, s'écria la veuve avec une exaltation féroce, le vice et la misère seront plus forts que lui... et un jour... ils vengeront père, mère et sœur.

—Votre horrible espérance sera trompée, ma mère, répondit Martial indigné. Ni eux ni moi nous n'aurons jamais la misère à craindre. La Louve a sauvé la jeune fille que Nicolas voulait noyer. Les parents de cette jeune fille nous ont proposé ou beaucoup d'argent, ou moins d'argent et des terres en Alger... à côté d'une ferme qu'ils ont déjà donnée à un homme qui leur a aussi rendu de grands services. Nous avons préféré les terres. Il y a un peu de danger... mais ça nous va... à la Louve et à moi. Demain nous partirons avec les enfants, et de notre vie nous ne reviendrons en Europe.

—Ce que tu dis là est vrai? demanda la veuve à Martial d'un ton de surprise irritée.

—Je ne mens jamais.

—Tu mens aujourd'hui pour me mettre en colère?

—En colère, parce que le sort de ces enfants est assuré?

—Oui, de louveteaux on en fera des agneaux. Le sang de ton père, de ta sœur, le mien, ne sera pas vengé...