Encore une fois, dans cette exécution rapide et furtive, où est l'exemple? où est l'épouvante?...

Et puis, comme l'exécution a lieu pour ainsi dire à huis clos, dans un endroit parfaitement écarté, avec une précipitation sournoise, toute la ville ignore cet acte sanglant et solennel, rien ne lui annonce que ce jour-là on «tue un homme»... les théâtres rient et chantent... la foule bourdonne insoucieuse et bruyante...

Au point de vue de la société, de la religion, de l'humanité, c'est pourtant quelque chose qui doit importer à tous que cet homicide juridique commis au nom de l'intérêt de tous...

Enfin, disons-le encore, disons-le toujours, voici le glaive, mais où est la couronne? À côté de la punition, montrez la récompense; alors seulement la leçon sera complète et féconde... Si, le lendemain de ce jour de deuil et de mort, le peuple, qui a vu la veille le sang d'un grand criminel rougir l'échafaud, voyait rémunérer et exalter un grand homme de bien, il redouterait d'autant plus le supplice du premier qu'il ambitionnerait davantage le triomphe du second; la terreur empêche à peine le crime, jamais elle n'inspire la vertu.

Considère-t-on l'effet de la peine de mort sur les condamnés eux-mêmes?

Ou ils la bravent avec un cynisme audacieux...

Ou ils la subissent inanimés, à demi morts d'épouvante...

Ou ils offrent leur tête avec un repentir profond et sincère...

Or, la peine est insuffisante pour ceux qui la narguent...

Inutile pour ceux qui sont déjà morts moralement...