—Mais...

—Laissez-moi, s'écria Sarah d'un ton si impérieux, si résolu, que son frère quitta l'appartement quelques moments avant qu'on y eût introduit le prince.

Lorsque Rodolphe entra dans le salon, son regard exprimait la pitié. Mais, voyant Sarah assise dans son fauteuil et presque parée, il recula de surprise, sa physionomie devint aussitôt sombre et méfiante.

La comtesse, devinant sa pensée, lui dit d'une voix douce et faible:

—Vous croyiez me trouver expirante, vous veniez pour recevoir mes derniers adieux?

—J'ai toujours regardé comme sacrés les derniers vœux des mourants: mais il s'agit d'une tromperie sacrilège...

—Rassurez-vous, dit Sarah en interrompant Rodolphe, rassurez-vous, je ne vous ai pas trompé; il me reste, je crois, peu d'heures à vivre. Pardonnez-moi une dernière coquetterie. J'ai voulu vous épargner le sinistre entourage qui accompagne ordinairement l'agonie; j'ai voulu mourir vêtue comme je l'étais la première fois où je vous vis. Hélas! après dix années de séparation, vous voilà donc enfin? Merci! oh! merci! Mais, à votre tour, rendez grâces à Dieu de vous avoir inspiré la pensée d'écouter ma dernière prière. Si vous m'aviez refusé... j'emportais avec moi un secret qui va faire la joie... le bonheur de votre vie. Joie mêlée de quelque tristesse... bonheur mêlé de quelques larmes... comme toute félicité humaine; mais cette félicité, vous l'achèteriez encore au prix de la moitié des jours qui vous restent à vivre!

—Que voulez-vous dire? lui demanda le prince avec surprise.

—Oui, Rodolphe, si vous n'étiez pas venu... ce secret m'aurait suivie dans la tombe... c'eût été ma seule vengeance... et encore... non, non, je n'aurais pas eu ce terrible courage. Quoique vous m'ayez bien fait souffrir, j'aurais partagé avec vous ce suprême bonheur dont, plus heureux que moi, vous jouirez longtemps, bien longtemps, je l'espère.

—Mais encore, madame, de quoi s'agit-il?