—Non... ça m'annonce un malheur pour aujourd'hui.
—Vous déraisonnez, mon bon camarade...
—J'ai un pressentiment que je ne sortirai pas de Paris...
—Encore une fois, vous n'avez pas le sens commun... Votre chagrin de quitter notre bienfaiteur... la pensée de me conduire aujourd'hui à Bicêtre... où de si tristes choses m'attendaient... tout cela vous aura agité cette nuit: alors naturellement votre rêve... vous sera revenu...
Le Chourineur secoua tristement la tête.
—Il m'est revenu juste la veille du départ de M. Rodolphe... car c'est aujourd'hui qu'il part...
—Aujourd'hui?
—Oui... Hier j'ai envoyé un commissionnaire à son hôtel... n'osant pas y aller moi-même... il me l'avait défendu... On a dit que le prince partait ce matin, à onze heures... par la barrière de Charenton. Aussi une fois que nous allons être arrivés à Paris... je me posterai là... pour tâcher de le voir; ça sera la dernière fois!... la dernière!...
—Il paraît si bon, que je comprends bien que vous l'aimiez...
—L'aimer! dit le Chourineur avec une émotion profonde et concentrée, oh! oui... allez... Voyez-vous, Martial... coucher par terre, manger du pain noir... être son chien... mais être où il aurait été, je ne demandais pas plus... C'était trop... il n'a pas voulu.