—Et moi braconnier!
—Mais vous... vous avez votre femme et ces deux enfants dont vous êtes comme le père... Moi, je n'ai que ma peau... et, puisqu'elle ne peut plus être bonne à faire un paravent à M. Rodolphe, je n'y tiens guère. Ainsi s'il y a un coup de peigne à se donner, ça me regardera.
—Ça nous regardera tous les deux.
—Non, moi seul... tonnerre!... À moi les Bédouins!
—À la bonne heure; j'aime mieux vous entendre parler ainsi que comme tout à l'heure... Allez, Chourineur... nous serons de vrais frères; et puis vous pourrez nous entretenir de vos chagrins s'ils durent encore, car j'aurai les miens. La journée d'aujourd'hui comptera longtemps dans ma vie, allez... On ne voit pas sa mère, sa sœur... comme je les ai vues... sans que ça vous revienne à l'esprit... Nous nous ressemblons, vous et moi, dans trop de choses, pour qu'il ne nous soit pas bon d'être ensemble. Nous ne boudons au danger ni l'un ni l'autre; eh bien! nous serons moitié fermiers, moitié soldats... Il y a de la chasse là-bas... nous chasserons... Si vous voulez vivre seul chez vous, vous y vivrez, et nous voisinerons... sinon... nous logerons tous ensemble. Nous élèverons les enfants comme de braves gens, et vous serez quasi leur oncle... puisque nous serons frères. Ça vous va-t-il? dit Martial en tendant la main au Chourineur.
—Ça me va, mon brave Martial... Et puis enfin... le chagrin me tuera ou je le tuerai... comme on dit.
—Il ne vous tuera pas... Nous vieillirons là-bas dans notre désert, et tous les soirs nous dirons: «Frère... merci à M. Rodolphe...» Ça sera notre prière pour lui...
—Tenez, Martial... vous me mettez du baume dans le sang...
—À la bonne heure... Ce bête de rêve... vous n'y pensez plus, j'espère?
—Je tâcherai...