—Mais c'est un ange que la princesse Amélie, dis-je à ma tante.
—Un ange, oui, un ange, reprit-elle, car vous ne pouvez vous imaginer avec quelle attendrissante bonté elle traite ses protégées, de quelle pieuse sollicitude elle les entoure. Jamais je n'ai vu ménager avec plus de délicatesse la susceptibilité du malheur; on dirait qu'une irrésistible sympathie attire surtout la princesse vers cette classe de pauvres abandonnées. Enfin, le croiriez-vous? elle, fille d'un souverain, n'appelle jamais autrement ces jeunes filles que mes sœurs.
À ces derniers mots de ma tante, je vous l'avoue, Maximilien, une larme me vint aux yeux. Ne trouvez-vous pas en effet belle et sainte la conduite de cette jeune princesse? Vous connaissez ma sincérité, je vous jure que je vous rapporte et que je vous rapporterai toujours presque textuellement les paroles de ma tante.
—Puisque la princesse, lui dis-je, est si merveilleusement douée, j'éprouverai un grand trouble lorsque demain je lui serai présenté; vous connaissez mon insurmontable timidité, vous savez que l'élévation du caractère m'impose encore plus que le rang: je suis donc certain de paraître à la princesse aussi stupide qu'embarrassé; j'en prends mon parti d'avance.
—Allons, allons, me dit ma tante en souriant, elle aura pitié de vous, mon cher enfant, d'autant plus que vous ne serez pas pour elle une nouvelle connaissance.
—Moi, ma tante?
—Sans doute.
—Et comment cela?
—Vous vous souvenez que, lorsqu'à l'âge de seize ans vous avez quitté Oldenzaal pour faire un voyage en Russie et en Angleterre avec votre père, j'ai fait faire de vous un portrait dans le costume que vous portiez au premier bal costumé donné par feu la grande-duchesse.
—Oui, ma tante, un costume de page allemand du XVIe siècle.