À cet instant une femme d'un âge mûr, d'une physionomie grave et distinguée, vêtue avec une élégante simplicité, entra presque timidement dans l'oratoire et toussa légèrement pour attirer l'attention de Fleur-de-Marie.

Celle-ci, sortant de sa rêverie, releva vivement la tête et dit en saluant avec un mouvement plein de grâce:

—Que voulez-vous, ma chère comtesse?

—Je viens prévenir Votre Altesse que monseigneur la prie de l'attendre; car il va se rendre ici dans quelques minutes, répondit la dame d'honneur de la princesse Amélie avec une formalité respectueuse.

—Aussi je m'étonnais de n'avoir pas encore embrassé mon père aujourd'hui; j'attends avec tant d'impatience sa visite de chaque matin!... Mais j'espère que je ne dois pas à une indisposition de Mlle d'Harneim le plaisir de vous voir deux jours de suite au palais, ma chère comtesse?

—Que Votre Altesse n'ait aucune inquiétude à ce sujet; Mlle d'Harneim m'a priée de la remplacer aujourd'hui; demain elle aura l'honneur de reprendre son service auprès de Votre Altesse, qui daignera peut-être excuser ce changement.

—Certainement, car je n'y perdrai rien; après avoir eu le plaisir de vous voir deux jours de suite, ma chère comtesse, j'aurai pendant deux autres jours Mlle d'Harneim auprès de moi.

—Votre Altesse nous comble, répondit la dame d'honneur en s'inclinant de nouveau; son extrême bienveillance m'encourage à lui demander une grâce!

—Parlez... parlez; vous connaissez mon empressement à vous être agréable...

—Il est vrai que depuis longtemps Votre Altesse m'a habituée à ses bontés; mais il s'agit d'un sujet tellement pénible, que je n'aurais pas le courage de l'aborder, s'il ne s'agissait d'une action très-méritante; aussi j'ose compter sur l'indulgence extrême de Votre Altesse.