Hier je me plaignais du hasard qui vous retenait loin de moi... aujourd'hui, Clémence, je me félicite de ce que vous n'êtes pas ici: vous souffririez trop...

Ce matin, je sommeillais à peine, j'ai été éveillé par le son des cloches... j'ai tressailli d'effroi... cela m'a semblé funèbre... on eût dit un glas de funérailles.

En effet... ma fille est morte pour nous... morte, entendez-vous... Dès aujourd'hui, Clémence... il vous faut commencer à porter son deuil dans votre cœur, dans votre cœur toujours pour elle si maternel.

Que notre enfant soit ensevelie sous le marbre d'un tombeau ou sous la voûte d'un cloître... pour nous... quelle est la différence?

Dès aujourd'hui, entendez-vous, Clémence, il faut la regarder comme morte... D'ailleurs... elle est d'une si grande faiblesse... sa santé, altérée par tant de chagrins, par tant de secousses, est si chancelante... Pourquoi pas aussi cette autre mort, plus complète encore? La fatalité n'est pas lasse...

Et puis d'ailleurs... d'après ma lettre d'hier, vous devez comprendre que cela serait peut-être plus heureux pour elle... qu'elle fût morte.

Morte... ces cinq lettres ont une physionomie étrange... ne trouvez-vous pas?... quand on les écrit à propos d'une fille idolâtrée... d'une fille si belle... si charmante, d'une bonté si angélique... Dix-huit ans à peine... et morte au monde!...

Au fait... pour nous et pour elle, à quoi bon végéter souffrante dans la morne tranquillité de ce cloître? Qu'importe qu'elle vive, si elle est perdue pour nous? Elle doit tant l'aimer, la vie... que la fatalité lui a faite!...

Ce que je dis là est affreux... il y a un égoïsme barbare dans l'amour paternel!...

À midi, sa profession a eu lieu avec une pompe solennelle.