Et chaque religieuse répondit à haute voix:

—Librement et volontairement j'ai choisi et je choisis sœur Amélie pour ma sainte mère et supérieure.

Saisie d'une émotion inexprimable, ma pauvre enfant tomba à genoux, joignit les deux mains et resta ainsi jusqu'à ce que chaque vote fût émis.

Alors l'abbesse, déposant la crosse et l'anneau entre les mains de la grande prieure, s'avança vers ma fille pour la prendre par la main et la conduire au siège abbatial.

Mon amie, ma tendre amie, je me suis interrompu un moment; il m'a fallu reprendre courage pour achever de vous raconter cette scène déchirante...

—Relevez-vous, ma chère fille, lui dit l'abbesse, venez prendre la place qui vous appartient; vos vertus évangéliques, et non votre rang, vous l'ont gagnée.

En disant ces mots, la vénérable princesse se pencha vers ma fille pour l'aider à se relever.

Fleur-de-Marie fit quelques pas en tremblant, puis arrivant au milieu de la salle du chapitre elle s'arrêta, et dit d'une voix dont le calme et la fermeté m'étonnèrent:

—Pardonnez-moi, sainte mère... je voudrais parler à mes sœurs.

—Montez d'abord, ma chère fille, sur votre siège abbatial, dit la princesse; c'est de là que vous devez leur faire entendre votre voix.