—Tu n'es pas au bout... Le prince sait par Badinot que ton homme de paille, Petit-Jean, n'était que ton prête-nom pour les prêts usuraires faits au vicomte de Saint-Remy, que tu as (toujours sous le nom de Petit-Jean) si rudement rançonné d'ailleurs pour ses faux. Les sommes que Saint-Remy a payées lui avaient été prêtées par une grande dame... probablement encore une restitution qui t'attend. Mais on l'ajourne sans doute parce qu'elle est plus délicate.
—Enchaîné... enchaîné ici!
—Aussi solidement qu'avec un câble de fer.
—Toi... mon geôlier... misérable.
—Que veux-tu... selon le système du prince, rien de plus logique: il punit le crime par le crime, le complice par le complice.
—Ô rage!
—Et malheureusement rage impuissante!... car tant qu'il ne m'aura pas fait dire: «Jacques Ferrand est libre de quitter sa maison...» je resterai à tes côtés, comme ton ombre... Écoute donc, ainsi que toi je mérite l'échafaud. Si je manque aux ordres que j'ai reçus comme ton geôlier, ma tête tombe! Tu ne pouvais donc avoir un gardien plus incorruptible. Quant à fuir tous deux... impossible. Nous ne pourrions faire un pas hors d'ici sans tomber entre les mains des gens qui veillent jour et nuit à la porte de ce logis et à celle de la maison voisine, notre seule issue en cas d'escalade.
—Mort et furie!... je le sais.
—Résigne-toi donc alors, car cette fuite est impossible. Réussît-elle, elle ne nous offrirait que des chances de salut plus que douteuses: on mettrait la police à nos trousses. Au contraire, toi en obéissant et moi en surveillant l'exactitude de ton obéissance, nous sommes certains de ne pas avoir le cou coupé. Encore une fois, résignons-nous.
—Ne m'exaspère pas par cet ironique sang-froid... ou bien...