—Si... si... je suis là, dit Polidori d'une voix plus haute, mais je t'ai répondu doucement de peur de te causer, comme tout à l'heure, de nouvelles douleurs, en parlant haut.
—Non... maintenant ta voix arrive à mon oreille sans me faire éprouver ces affreuses douleurs de tantôt... car il me semblait au moindre bruit que la foudre éclatait dans mon crâne... et pourtant, au milieu de ce fracas, de ces souffrances sans nom, je distinguais la voix passionnée de Cecily qui m'appelait...
—Toujours cette femme infernale... toujours! Mais chasse donc ces pensées... elles te tueront!
—Ces pensées sont ma vie! Comme ma vie, elles résistent à mes tortures.
—Mais, insensé que tu es, ce sont ces pensées seules qui causent tes tortures, te dis-je! Ta maladie n'est autre chose que ta frénésie sensuelle arrivée à sa dernière exaspération... Encore une fois, chasse de ton cerveau ces images mortellement lascives, ou tu périras...
—Chasser ces images! s'écria Jacques Ferrand avec exaltation, oh! jamais, jamais! Toute ma crainte est que ma pensée s'épuise à les évoquer... mais, par l'enfer! elle ne s'épuise pas... Plus cet ardent mirage m'apparaît, plus il ressemble à la réalité... Dès que la douleur me laisse un moment de repos, dès que je puis lier deux idées, Cecily, ce démon que je chéris et que je maudis, surgit à mes yeux.
—Quelle fureur indomptable! Il m'épouvante!
—Tiens, maintenant, dit le notaire d'une voix stridente et les yeux obstinément attachés sur un point obscur de son alcôve, je vois déjà comme une forme indécise et blanche se dessiner... là... là!
Et il étendait son doigt velu et décharné dans la direction de sa vision.
—Tais-toi, malheureux.