—Devant le médecin lui seul, je comprends ça, si c'est nécessaire, et encore ça coûte beaucoup. Mais, pourquoi devant tous ces jeunes gens?...
—Ils apprennent et on leur enseigne sur nous... Que voulez-vous? nous sommes ici pour ça... c'est à cette condition qu'on nous reçoit à l'hospice.
—Ah! je comprends, dit Jeanne Duport avec amertume, on ne nous donne rien pour rien, à nous autres. Mais pourtant, il y a des occasions où ça ne peut pas être. Ainsi ma pauvre fille Catherine, qui a quinze ans, viendrait à l'hospice, est-ce qu'on oserait vouloir que devant tous ces jeunes gens...? Oh! non, je crois que j'aimerais mieux la voir mourir chez nous.
—Si elle venait ici, il faudrait bien qu'elle se résignât comme les autres, comme vous, comme moi; mais taisons-nous, dit la Lorraine. Si cette pauvre demoiselle qui est là en face vous entendait, elle qui, dit-on, était riche, elle qui n'a peut-être jamais quitté sa mère, ça va être son tour. Jugez comme elle va être confuse et malheureuse.
—C'est vrai, mon Dieu! c'est vrai; je frissonne rien que d'y penser, pour elle. Pauvre enfant!
—Silence, Jeanne, voilà le médecin! dit la Lorraine.
[VIII]
[Mademoiselle de Fermont]
Après avoir rapidement visité plusieurs malades qui ne lui offraient rien de curieux et d'attachant, le docteur Griffon arriva enfin auprès de Jeanne Duport.