—Je vous répète, monsieur, que votre conduite est atroce. Je regarde Mlle de Fermont comme ma fille; je vous défends d'en approcher; je vais la faire immédiatement transporter hors d'ici.

—Mais, mon cher ami, c'est un cas de fièvre lente nerveuse, très-rare... Je voulais essayer du phosphore... C'était une occasion unique. Promettez-moi au moins que je la soignerai, n'importe où vous l'emmeniez, puisque vous privez ma clinique d'un sujet aussi précieux.

—Si vous n'étiez pas un fou... vous seriez un monstre, reprit le comte de Saint-Remy.

Clémence écoutait ces mots avec une angoisse croissante; mais la foule était si compacte autour du lit qu'il fallut que le directeur dît à haute voix:

—Place, messieurs, s'il vous plaît, place à Mme la marquise d'Harville qui vient voir le numéro 17.

À ces mots, les élèves se rangèrent avec autant d'empressement que de respectueuse admiration, en voyant la charmante figure de Clémence, que l'émotion colorait des plus vives couleurs.

—Madame d'Harville! s'écria le comte de Saint-Remy en écartant rudement le docteur et en se précipitant vers Clémence. Ah c'est Dieu qui envoie ici un de ses anges. Madame... je savais que vous vous intéressiez à ces deux infortunées. Plus heureuse que moi, vous les avez trouvées... tandis que moi, c'est... le hasard... qui m'a conduit ici... et pour assister à une scène d'une barbarie inouïe. Malheureuse enfant! Voyez, madame... voyez. Et vous, messieurs, au nom de vos filles ou de vos sœurs, ayez pitié d'une enfant de seize ans, je vous en supplie... laissez-la seule avec madame et ces bonnes religieuses. Lorsqu'elle aura repris ses sens... je la ferai transporter hors d'ici.

—Soit... je signerai sa sortie! s'écria le docteur; mais je m'attacherai à ses pas... mais je me cramponnerai à vous. C'est un sujet qui m'appartient... et vous aurez beau faire... je la soignerai... je ne risquerai pas le phosphore, bien entendu, mais je passerai les nuits s'il le faut... comme je les ai passées auprès de vous, ingrat Saint-Remy... car cette fièvre est aussi curieuse que l'était la vôtre. Ce sont deux sœurs qui ont le même droit à mon intérêt.

—Maudit homme, pourquoi avez-vous tant de science? dit le comte sachant qu'en effet il ne pourrait confier Mlle de Fermont à des mains plus habiles.

—Eh! mon Dieu, c'est tout simple! lui dit le docteur à l'oreille, j'ai beaucoup de science parce que j'étudie, parce que j'essaye, parce que je risque et pratique beaucoup sur mes sujets... soit dit sans calembour. Ah çà! j'aurai donc ma fièvre lente, vilain bourru?