—Ah! madame, je bénirai vous et les vôtres! dit Jeanne Duport en pleurant. Je vous demande pardon de m'exprimer si mal, mais je n'ai pas l'habitude de ces grandes joies... c'est la première fois que cela m'arrive.
—Eh bien! voyez-vous, Jeanne, dit la Lorraine attendrie, il y a aussi parmi les riches des Rigolettes et des Goualeuses... en grand, il est vrai, mais, quant au bon cœur, c'est la même chose!
Mme d'Harville se retourna toute surprise vers la Lorraine, en lui entendant prononcer ces deux noms.
—Vous connaissez la Goualeuse et une jeune ouvrière nommée Rigolette? demanda Clémence à la Lorraine.
—Oui, madame... La Goualeuse, bon petit ange, a fait l'an passé pour moi, mais dame! selon ses pauvres moyens, ce que vous faites pour Jeanne... Oui, madame! Oh! ça me fait du bien à dire et à répéter à tout le monde! La Goualeuse m'a retirée d'une cave où je venais d'accoucher sur la paille... et le cher petit ange m'a établie, moi et mon enfant, dans une chambre où il y avait un bon lit et un berceau... La Goualeuse avait fait ces dépenses-là par pure charité, car elle me connaissait à peine et était pauvre elle-même... C'est beau, cela, n'est-ce pas, madame? dit la Lorraine avec exaltation.
—Oh! oui... la charité du pauvre envers le pauvre est grande et sainte, dit Clémence les yeux mouillés de douces larmes.
—Il en a été de même de Mlle Rigolette, qui, selon ses moyens de petite ouvrière, reprit la Lorraine, avait, il y a quelques jours, offert ses services à Jeanne.
—Quel singulier rapprochement! se dit Clémence de plus en plus émue, car chacun de ces deux noms, la Goualeuse et Rigolette, lui rappelait une noble action de Rodolphe. Et vous, mon enfant, que puis-je pour vous? dit-elle à la Lorraine. Je voudrais que les noms que vous venez de prononcer avec tant de reconnaissance vous portassent bonheur.
—Merci, madame, dit la Lorraine avec un sourire de résignation amère; j'avais un enfant... il est mort... Je suis poitrinaire condamnée, je n'ai plus besoin de rien.
—Quelle idée sinistre! À votre âge... si jeune, il y a toujours de la ressource!