—Pardon, madame, dit timidement la Lorraine; pour une grande dame riche et heureuse comme vous méritez de l'être, cette demande est bien triste... je n'aurais pas dû la faire!
—Je vous en remercie, au contraire, mon enfant; elle m'apprend une misère que j'ignorais, et cette science ne sera pas stérile... Soyez tranquille, quoique ce moment fatal soit bien éloigné d'ici, quand il arrivera, vous serez sûre de reposer en terre sainte!
—Oh! merci, madame! s'écria la Lorraine: si j'osais vous demander la permission de baiser votre main...
Clémence présenta sa main aux lèvres desséchées de la Lorraine.
—Oh! merci, madame! J'aurai quelqu'un à aimer et à bénir jusqu'à la fin... avec la Goualeuse... et je ne serai plus attristée pour après ma mort!
Ce détachement de la vie et ces craintes d'outre-tombe avaient péniblement affecté Mme d'Harville; se penchant à l'oreille de la sœur qui venait l'avertir que Mlle de Fermont avait complètement repris connaissance, elle lui dit:
—Est-ce que réellement l'état de cette jeune femme est désespéré?
Et, d'un signe, elle lui indiqua le lit de la Lorraine.
—Hélas! oui, madame; la Lorraine est condamnée... elle n'a peut-être pas huit jours à vivre!
Une demi-heure après, Mme d'Harville, accompagnée de M. de Saint-Remy, emmenait chez elle la jeune orpheline, à qui elle avait caché la mort de sa mère.