—Vous avez raison... Essayez toujours, monsieur Lebrenn,—dit le forgeron aux bras nus, en frappant avec l'ongle sur la pierre de son fusil;—mais ce sera peine perdue... Vous allez voir...
Le marchand monta jusqu'au faîte des pavés amoncelés; là, appuyé d'une main sur son fusil, et de l'autre main agitant son mouchoir, il fit signe aux soldats qu'il voulait parlementer.
Les tambours de la troupe cessèrent de battre la charge, et firent un roulement, que suivit un grand silence.
À l'une des fenêtres du premier étage de la maison du marchand, sa femme, sa fille, à demi cachées par la jalousie, qu'elles soulevaient un peu, se tenaient côte à côte, pâles, mais calmes et résolues. Elles ne quittaient pas des yeux M. Lebrenn, parlant alors aux soldats, et son fils, qui, son fusil à la main, avait bientôt gravi la barricade, afin de pouvoir, au besoin, couvrir son père de son corps. Georges Duchêne allait les rejoindre, lorsqu'il se sentit vivement tiré par sa blouse.
Il se retourna et vit Pradeline, les joues animées et toute haletante d'une course précipitée.
Les défenseurs de la barricade regardant la jeune fille avec surprise, lui avaient dit, tandis qu'elle tâchait de se frayer un passage parmi eux pour arriver jusqu'à Georges:
—Ne restez pas là, mon enfant, c'est trop dangereux.
—Vous, ici!—s'écria Georges, stupéfait à l'aspect de Pradeline.
—Georges! Écoutez-moi!—lui répondit-elle d'une voix suppliante—Hier, je suis allée chez vous deux fois dans la journée, sans pouvoir vous trouver... Je vous ai écrit que je reviendrais ce matin... J'ai traversé pour cela plusieurs barricades, et...
—Retirez-vous!—s'écria Georges alarmé pour elle.—Vous allez vous faire tuer... Votre place n'est pas ici...