Georges devait la vie à Pradeline: brave comme un lion, les cheveux en désordre, la joue enflammée, elle était, durant le combat, parvenue à se rapprocher de Georges. Mais, au moment où elle venait de le sauver, une balle, en ricochant, frappa la jeune fille au côté. Elle tomba sur les genoux... en s'évanouissant son dernier regard chercha Georges, qui ne se doutait pas du dévouement de la pauvre créature[17].
[17] Ces traits de courage, dignes de nos mères, sont justifiés par la mort héroïque de deux belles jeunes filles de dix-huit ans, qui, coiffées en cheveux, les bras nus, se tenaient debout sur une barricade, voisine de la rue Saint-Denis, au mois de juin 1848.
Le père Bribri, voyant la jeune fille blessée, déposa son mousqueton, courut à elle et la souleva. Il cherchait des yeux où la mettre à l'abri, lorsqu'il aperçut, à la porte du magasin de toile, madame Lebrenn et sa fille. Elles venaient de descendre du premier étage, et s'occupaient, avec Gildas et Jeanike, d'organiser une ambulance dans la boutique.
Gildas commençait à s'habituer au feu. Il aida le père Bribri à transporter Pradeline mourante dans l'arrière-magasin, où madame Lebrenn et sa fille lui donnèrent les premiers soins.
Le chiffonnier sortait de la boutique, lorsqu'il vit rouler à ses pieds un frêle petit corps vêtu d'un pantalon garance et d'un bourgeron bleu en lambeaux, trempé de sang.
—Ah! pauvre Flamèche!—s'écria le vieillard en courant auprès de l'enfant, qu'il essaya de relever en lui disant:—Tu es blessé?... Ça ne sera rien... Courage...
—Je suis flambé, père Bribri!...—répondit l'enfant d'une voix éteinte.—C'est dommage... je n'irai pas... pêcher de poissons rouges dans le... bassin... des...
Et il expira.
Une grosse larme roula sur la barbe hérissée du chiffonnier.
—Pauvre petit b.....! il n'était pas méchant,—dit le père Bribri en soupirant.—Il meurt comme il a vécu, sur le pavé de Paris!