—De grâce, monsieur! pas de susceptibilité exagérée; n'avez-vous pas conscience de vous être intrépidement battu jusqu'à la fin?

—Oui... mais désarmé... désarmé par des...

Puis, s'interrompant, il tendit la main au marchand et lui dit:

—Pardon, monsieur... je m'oublie, et je suis vaincu... Soit, je suivrai votre conseil; je prendrai un déguisement, sans croire commettre une lâcheté. Un homme dont la conduite est aussi digne que la vôtre doit être bon juge en matière d'honneur.

En un instant M. de Plouernel fut vêtu en bourgeois, grâce aux habits que lui prêta le marchand.

Le colonel, montrant alors son casque bossué placé à côté de son uniforme à demi déchiré pendant la lutte, dit à M. Lebrenn:

—Monsieur, je vous en prie, gardez mon casque, à défaut de mon sabre, que j'aurais aimé à vous laisser comme souvenir d'un soldat à qui vous avez généreusement sauvé la vie.

—J'accepte, monsieur,—répondit le marchand;—j'ajouterai ce casque à deux autres souvenirs qui me viennent de votre famille.

—De ma famille!—s'écria M. de Plouernel stupéfait.—De ma famille!... Vous la connaissez?

—Hélas! monsieur...—répondit le marchand d'un air pensif et mélancolique,—ce n'est pas la première fois que depuis des siècles un Néroweg de Plouernel et un Lebrenn se sont rencontrés les armes à la main.