Le marchand continua de manger son pain noir de fort bon appétit et ne répondit pas.

Numéro onze cent vingt!—cria de nouveau l'argousin.—Tu ne m'entends donc pas, gredin?

Même silence de la part de M. Lebrenn.

L'argousin, maugréant et irrité d'être obligé de faire quelques pas de plus, s'approcha rapidement du marchand, et le touchant du bout de son bâton, lui dit brutalement:

—Sacredieu! tu es donc sourd, toi, dis donc! animal?

Le visage de M. Lebrenn, lorsqu'il se sentit touché par le bâton de l'argousin, prit une expression terrible... Puis, domptant bientôt ce mouvement de colère et d'indignation, il répondit avec calme:

—Que voulez-vous?

—Voilà deux fois que je t'appelle... Onze cent vingt! et tu ne me réponds pas... Est-ce que tu crois me faire aller? Prends-y garde!...

—Allons, ne soyez par brutal,—répondit M. Lebrenn en haussant les épaules.—Je ne vous ai pas répondu parce que je n'ai pas encore perdu l'habitude de m'entendre appeler par mon nom... et que j'oublie toujours que je me nomme maintenant: Onze cent vingt.

—Assez de raisons!... Allons, en route chez le commissaire de marine.