—Je suivrai votre conseil, Gildas.
—Et vous ferez bien. Ah! ma chère fille... les hommes à casque...
—Bon, nous y voilà... votre chanson, n'est-ce pas?
—Elle est terrible, Jeanike! Ma mère me l'a cent fois contée à la veillée, comme ma grand'mère la lui avait contée, de même que la grand'mère de ma grand'mère...
—Allons, Gildas, dit Jeanike en riant et en interrompant son compagnon, de grand'mère en mère-grand', vous remonterez ainsi jusqu'à notre mère Ève...
—Certainement, est-ce qu'au pays on ne se transmet pas de famille en famille des contes qui remontent...
—Qui remontent à des mille, à des quinze cents ans et plus, comme les contes de Myrdin et du Baron de Jauioz[5], avec lesquels j'ai été bercée. Je sais cela, Gildas.
[5] Voir Chants populaires de la Bretagne.
—Eh bien, Jeanike, la chanson dont je vous parle à propos des gens qui portent des casques et rôdent autour des jeunes filles est effrayante, elle s'appelle les Trois Moines rouges, dit Gildas d'un ton formidable, les Trois Moines rouges ou le Sire de Plouernel.
—Comment dites-vous? reprit vivement Jeanike frappée de ce nom... le sire de?