—Parce que le premier jour de chaque nouvelle année a toujours été dans les Gaules un jour solennel.

—Et ce pèlerinage, quel est-il?

—Tu iras aux pierres druidiques de Karnac, près d'Auray.

—On dit, en effet, mon père, que cet assemblage de gigantesques blocs de granit, que l'on voit encore de nos jours alignés d'une façon mystérieuse, remontent à la plus haute antiquité?

—Il y a deux mille ans et plus, mon enfant, que l'on ignorait déjà à quelle époque, perdue dans la nuit des temps, les pierres de Karnak avaient été ainsi disposées.

—Ah! père! on éprouve une sorte de vertige en songeant à l'âge que doivent avoir ces pierres monumentales.

—Dieu seul le sait, mes amis! et si l'on juge de leur durée à venir par leur durée passée, des milliers de générations se succéderont encore devant ces monuments gigantesques, qui défient les âges, et sur lesquels les regards de nos pères se sont tant de fois arrêtés de siècle en siècle avec un pieux recueillement.

—Et pourquoi faisaient-ils ce pèlerinage, père?

—Parce que le berceau de notre famille, les champs et la maison du premier de nos aïeux dont ces manuscrits fassent mention, étaient situés près des pierres de Karnak; car, tu le verras, cet aïeul, nommé Joel, en Brenn an Lignez an Karnak, ce qui signifie, tu le sais, en breton: Joel, le chef de la tribu de Karnak[27], cet aïeul était chef ou patriarche, élu par sa tribu, ou par son clan, comme disent les Écossais...

[27] Afin de démontrer la vraisemblance de notre fiction, et de prouver qu'un pareil souvenir a pu traverser les siècles, nous extrayons le passage suivant de Grégoire de Rostrenen, qui écrivait au milieu du dernier siècle: