—Ces enfants te font fête de leur mieux, ami hôte,—dit Joel à l'étranger;—tu leur feras fête à ton tour en leur racontant, comme à nous, les choses merveilleuses que tu as vues dans tes voyages.

—Il faut bien que je paye de mon mieux ton hospitalité, ami,—répondit l'étranger.—Ces récits, je les ferai.

—Alors, dépêchons-nous, frère Julyan,—dit Armel;—j'ai grande envie d'entendre le voyageur. Je ne me lasserais jamais d'entendre raconter, mais les conteurs sont rares du côté de Karnak.

—Tu vois, ami,—dit Joel,—avec quelle impatience on attend tes récits; mais avant de les commencer, et pour te donner des forces, tout à l'heure tu boiras au vainqueur de la lutte avec de bon vieux vin des Gaules...—Et s'adressant à son fils:—Guilhern, va chercher ce petit baril de vin blanc du coteau de Béziers[73], que ton frère Albinik nous a rapporté dans son dernier voyage, et remplis la coupe en l'honneur du voyageur.

[73] «Les vins blancs des coteaux de Béziers (Bilteræ) sont très-recherchés, ainsi que les vins doux de la Durance, obtenus en tordant la grappe sur le cep.» (Pline, liv. XXXIV, ch. 17.)

Lorsque cela fut fait, Joel dit à Julyan et à Armel:

—Allons, enfants, aux sabres! aux sabres!...


CHAPITRE III.

Combat de Julyan et d'Armel.—Mamm' Margarid abaisse trop tard sa quenouille.—Agonie d'Armel.—Étranges commissions dont on charge le mourant.—Le remplaçant.—La dette payée outre-tombe par Rabouzigued.—Armel meurt désolé de n'avoir pas entendu les récits du voyageur.—Julyan promet à Armel d'aller les lui raconter ailleurs.—L'étranger commence ses récits.—Histoire d'Albrège, la Gauloise des bords du Rhin.—Margarid raconte à son tour l'histoire de son aïeule Siomara et d'un officier romain aussi débauché qu'avaricieux.—L'étranger fait de sévères reproches à Joel sur son amour pour les contes, et lui dit que le moment est venu de prendre la lance et l'épée.