—Ami, ce sont mes deux enfants.
—Fassent les dieux que la précipitation de leur arrivée ici n'ait pas une cause mauvaise!—répondit l'inconnu.
—Je dis comme notre hôte, mes fils,—reprit Joel,—que s'est-il passé, pour que vous veniez si tard et si pressés? Heureux soit ton retour, Albinik; mais je ne le croyais pas prochain; où est donc ta gentille femme Méroë?
—Je l'ai laissée à Vannes, mon père. Voilà ce qui s'est passé: Je revenais d'Espagne par le golfe de Gascogne, m'en allant en Angleterre; le mauvais temps d'aujourd'hui m'a forcé d'entrer dans la rivière de Vannes. Mais, par Teutâtès, qui préside à tous les voyages sur terre et sur mer, ici-bas et ailleurs, je ne m'attendais pas... non, je ne m'attendais pas à voir ce que j'ai vu dans la ville. Aussi, laissant mon navire au port, à la garde de mes matelots sous la surveillance de ma femme, j'ai pris un cheval et galopé jusqu'à Auray; là, j'ai dit la nouvelle à Mikaël, et nous sommes accourus ici afin de vous prévenir, mon père.
—Et qu'as-tu donc vu à Vannes?
—Ce que j'ai vu? tous les habitants soulevés par l'indignation et par la colère, en braves Bretons qu'ils sont!
—Et la cause de cette colère, mes enfants?—demanda Mamm' Margarid en filant sa quenouille.
—Quatre officiers romains, sans autre escorte que quelques soldats, et aussi tranquillement insolents que s'ils étaient en un pays d'esclaves, sont venus, hier, commander aux magistrats de la ville d'envoyer des ordres à toutes les tribus voisines, afin qu'elles envoient à Vannes dix mille sacs de blé...
—Et puis, mon fils?—demanda Joel en riant et haussant les épaules.
—Cinq mille sacs d'avoine.