—D'abord celui de Daoülas, le meurtrier; il a tué Hoüarné sans combat pendant son sommeil... Les druides l'ont condamné à mourir ce soir[J]. Le sang d'un lâche meurtrier est une expiation agréable à Hésus.

—Et le second sacrifice?

—Notre parent Julyan veut aller, par amitié jurée, rejoindre Armel, qu'il a loyalement tué par outre-vaillance... Ce soir, glorifié par le chant des bardes, il ira, selon son vœu, retrouver Armel dans les mondes inconnus. Le sang qu'un brave offre volontairement à Hésus... lui est agréable.

—Et le troisième sacrifice, fille chérie?—dit Mamm' Margarid,—le troisième sacrifice, quel est-il?

Hêna ne répondit pas... Elle appuya sa tête blonde et charmante sur les genoux de Margarid, rêva pendant quelques instants, baisa les mains de sa mère, et lui dit avec un doux sourire de remémorance:

—Combien de fois la petite Hêna, quand elle était enfant, s'est ainsi endormie, le soir, sur vos genoux ma mère, pendant que vous filiez votre quenouille, et que vous tous, qui êtes ici, moins Armel, étiez réunis autour du foyer, parlant des mâles vertus de nos mères et de nos pères du temps passé!

—Il est vrai, fille chérie,—répondit Margarid en passant sa main sur les blonds cheveux de sa fille, comme pour les caresser,—il est vrai; et ici, chacun t'aimait tant, à cause de ton bon cœur et de ta grâce enfantine, que lorsqu'on te voyait endormie sur mes genoux, on parlait tout bas, de peur de t'éveiller.

Rabouzigued, qui était là, parmi les autres de la famille, dit alors:

—Et quel est ce troisième sacrifice humain, qui doit apaiser Hésus et nous délivrer de la guerre... qui donc, Hêna, sera sacrifié ce soir?...

—Je te le dirai, Rabouzigued, lorsque j'aurai un peu songé au temps qui n'est plus,—répondit la jeune fille, toujours rêveuse, sans quitter les genoux de sa mère, puis passant sa main sur son front, comme pour rappeler ses souvenirs; elle regarda autour d'elle, montra du doigt la pierre sur laquelle était le bassin de cuivre où trempaient les sept branches de gui, et reprit: