—Mon père et ma mère savent que le sang d'un lâche meurtrier est une offrande expiatoire agréable à Hésus, et qui peut l'apaiser...
—Oui... tout à l'heure tu nous as dit cela, chère fille.
—Ils savent aussi que le sang d'un brave, mourant pour la foi de l'amitié, est une valeureuse offrande à Hésus, et qui peut l'apaiser.
—Oui... tout à l'heure tu nous as dit cela.
—Mon père et ma mère savent enfin qu'il est surtout une offrande agréable à Hésus, et qui peut l'apaiser: c'est le sang innocent d'une vierge, heureuse et fière d'offrir ce sang à Hésus, de le lui offrir librement... volontairement... dans l'espoir que ce dieu tout-puissant délivrera de l'oppression étrangère notre patrie bien-aimée... cette chère et sainte patrie de nos pères!... Le sang innocent d'une vierge coulera donc ce soir pour apaiser le courroux de Hésus.
—Et le nom?—demanda Rabouzigued,—le nom de cette vierge, qui doit nous délivrer de la guerre?
Hêna, regardant son père et sa mère avec tendresse et sérénité, leur dit:
—Cette vierge, qui doit mourir, est une des neuf druidesses de l'île de Sên; elle s'appelle Hêna; elle est fille de Margarid et de Joel, le brenn de la tribu de Karnak!...
Et il se fit un grand et triste silence parmi la famille de Joel.
Personne... personne... ne s'attendait à voir si prochainement Hêna s'en aller ailleurs... Personne... personne... ni père, ni mère, ni frères, ni parents n'étaient préparés aux adieux de ce brusque voyage.