—Sacrebleu! grand-père, tenez-vous donc tranquille! vous vous démenez comme un diable dans un bénitier; vous allez tout renverser.
—Ça m'est égal... ça ne m'empêchera pas de te dire que voilà comment et pourquoi tu t'es fait soldat, pourquoi tu t'es vendu pour moi... à un marchand d'hommes...
—Tout cela, ce sont des prétextes que vous cherchez pour ne pas manger votre soupe; je vois que vous la trouvez mal faite.
—Allons, voilà que je trouve sa soupe mal faite, maintenant!—s'écria douloureusement le bonhomme.—Ce maudit enfant-là a juré de me désoler.
Enfonçant alors, d'un geste furieux, sa cuiller dans le poëlon, et la portant à sa bouche avec précipitation, le père Morin ajouta tout en mangeant:
—Tiens, voilà comme je la trouve mauvaise, ta soupe... tiens... tiens... Ah! je la trouve mauvaise... tiens... tiens... Ah! elle est mauvaise...
Et à chaque tiens il avalait une cuillerée.
—Pour Dieu, grand-père, maintenant, n'allez pas si vite,—s'écria Georges en arrêtant le bras du vieillard;—vous allez vous étrangler.
—C'est ta faute aussi; me dire que je trouve ta soupe mal faite, tandis que c'est un nectar!—reprit le bonhomme en s'apaisant et savourant son potage plus à loisir,—un vrai nectar des dieux!
—Sans vanité,—reprit Georges en souriant,—j'étais renommé au régiment pour la soupe aux poireaux... Ah ça, maintenant, je vais charger votre pipe.