CHAPITRE II.
Trahison de l'esclave maure.—César et Méroë.—Le coffret précieux.—La corde au cou.—Adresse et générosité de César.—Le bateau pilote.—Tor-è-Benn, chant de guerre des marins gaulois.—Albinik pilote la flotte romaine vers la baie du Morbihan—L'homme à la hache.—Le chenal de perdition.—Le vétéran romain et ses deux fils.—Rencontre d'un vaisseau irlandais.—Les sables mouvants.—Jamais Breton ne fit trahison.
Dès que la Mauresque eut mis le pied dans la tente, elle se jeta à genoux et tendit ses mains jointes vers la compagne d'Albinik, qui, touchée de ce geste suppliant, et de la douleur empreinte sur les traits de l'esclave, ne ressentit ni défiance, ni crainte, mais une compassion, mêlée de curiosité, et déposa son poignard au chevet du lit. La jeune Mauresque s'avançait comme en rampant sur ses genoux, les deux mains toujours tendues vers Méroë, penchée vers la suppliante avec pitié, afin de la relever; mais l'esclave s'étant ainsi approchée du lit où était le poignard, se releva d'un bond, sauta sur l'arme, qu'elle n'avait pas sans doute perdue de vue depuis son entrée dans la tente, et avant que, dans sa stupeur, la compagne d'Albinik eût pu s'y opposer, son poignard fut lancé à travers les ténèbres que l'on voyait au dehors.
À l'éclat de rire sauvage poussé par la Mauresque lorsqu'elle eut ainsi désarmé Méroë, celle-ci se vit trahie, courut vers le ténébreux passage, afin de retrouver son poignard ou de fuir... mais de ces ténèbres... elle vit sortir César...
Saisie d'effroi, la Gauloise recula de quelques pas. César avança d'autant, et l'esclave disparut par l'ouverture, aussitôt refermée. À la démarche incertaine du Romain, au feu de ses regards, à l'animation qui empourprait ses joues, Méroë s'aperçut qu'il était ivre à demi, elle eut moins de frayeur. Il tenait à la main un coffret de bois précieux; après avoir silencieusement contemplé la jeune femme avec une telle effronterie qu'elle sentit de nouveau la rougeur de la honte lui monter au front, le Romain tira du coffret un riche collier d'or ciselé, l'approcha de la lumière de la lampe comme pour le faire mieux briller aux yeux de celle qu'il voulait tenter; puis, simulant un respect ironique, il se baissa, déposa le collier aux pieds de la Gauloise, et se releva, l'interrogeant d'un regard audacieux.
Méroë, debout, les bras croisés sur sa poitrine soulevée par l'indignation et le mépris, regarda fièrement César, et repoussa le collier du bout du pied.
Le Romain fit un geste de surprise insultante, se mit à rire d'un air de dédaigneuse confiance, choisit dans le coffret un magnifique réseau d'or pour la coiffure tout inscrusté d'escarboucles, et après l'avoir fait scintiller à la clarté de la lampe, il le déposa encore aux pieds de Méroë, en redoublant de respect ironique, puis, se relevant, sembla lui dire:
—Cette fois je suis certain de mon triomphe.
Méroë, pâle de colère, sourit de dédain.
Alors César versa aux pieds de la jeune femme tout le contenu du coffret... Ce fut comme une pluie d'or, de perles et de pierreries, colliers, ceintures, pendants d'oreilles, bracelets, bijoux de toutes sortes.