—Toi et ton épouse,—dit l'interprète,—vous êtes désormais assurés de la protection du général... Il vous en donne sa foi, vous ne serez plus ni séparés ni inquiétés... La femme du courageux marin a méprisé ces riches parures,—ajouta l'interprète en ramassant les bijoux et les replaçant dans le coffret.—César veut garder comme souvenir de la vertu de la Gauloise le poignard qu'elle portait et qu'il lui a fait enlever par ruse. Rassure-toi, elle ne restera pas désarmée.

Et presque au même instant deux jeunes affranchis entrèrent dans la tente; ils portaient sur un grand plateau d'argent un petit poignard oriental d'un travail précieux et un sabre espagnol court et légèrement recourbé, suspendu à un baudrier de cuir rouge, magnifiquement brodé d'or. L'interprète remit le poignard à Méroë, le sabre à Albinik, en leur disant:

—Reposez en paix et gardez ces dons de la magnificence de César.

—Et tu l'assureras,—reprit Albinik,—que tes paroles et sa générosité dissipent mes soupçons; il n'aura pas désormais d'auxiliaire plus dévoué que moi, jusqu'à ce que ma vengeance soit satisfaite.

L'interprète sortit avec les affranchis; Albinik raconta à sa femme que, conduit dans la tente du général romain, il l'avait attendu en compagnie de l'interprète, jusqu'au moment où tous deux étaient revenus dans la tente, sous la conduite d'un esclave. Méroë dit à son tour ce qui s'était passé. Les deux époux conclurent, non sans vraisemblance, que César, ivre à demi, avait d'abord cédé à une idée infâme, mais que la résolution désespérée de la Gauloise, et sans doute aussi la réflexion qu'il risquait de s'aliéner un transfuge dont il pouvait tirer un utile parti, ayant dissipé la demi-ivresse du Romain, il avait, avec sa fourbe et son adresse habituelles, donné, sous prétexte d'une épreuve, une apparence presque généreuse à un acte odieux.

Le lendemain, César, accompagné de ses généraux, se rendit sur le rivage qui dominait l'embouchure de la Loire: une tente y avait été dressée. De cet endroit on découvrait au loin la mer et ses dangereux parages, semés de bancs de sable et d'écueils à fleur d'eau. Le vent soufflait violemment. Un bateau de pêche, à la fois solide et léger, était amarré au rivage et gréé à la gauloise, d'une seule voile carrée, à pans coupés. Albinik et Méroë furent amenés. L'interprète leur dit:

—Le temps est orageux, la mer menaçante: oseras-tu t'aventurer dans ce bateau, seul avec ta femme? Il y a ici quelques pêcheurs prisonniers, veux-tu leur aide?

—Ma femme et moi, nous avons bravé bien des tempêtes, seuls dans notre barque, lorsque par de mauvais temps nous allions rejoindre mon vaisseau ancré loin du rivage.

—Mais, maintenant, tu es mutilé,—reprit l'interprète;—comment pourras-tu manœuvrer?

—Une main suffit au gouvernail... ma compagne orientera la voile... Métier de femme, puisqu'il s'agit de manier de la toile,—ajouta gaiement le marin pour donner confiance au Romain.