LA CLOCHETTE D'AIRAIN.
CHAPITRE PREMIER.
[A] À peu de distance de la ville de Saint-Nazaire, qui existe aujourd'hui.—Le pays ainsi dévasté par l'incendie comprenait presque la totalité des départements du Morbihan et de la Loire-Inférieure de nos jours.
[B] On a justement admiré le patriotisme des Russes incendiant Moskow pour chasser et affamer l'armée française, mais il ne s'agissait que d'une seule ville; combien plus admirable a été l'héroïque patriotisme de nos pères! car, à cette époque, pour combattre l'invasion romaine, non-seulement la Bretagne, mais presque un tiers de la Gaule, a été livré à l'incendie par ses habitants.
Mais laissons parler César:
«Le chef des cent vallées convoqua les chefs des armées gauloises coalisées, et leur déclara qu'il était urgent de changer le système de guerre et d'en adopter un autre plus approprié au caractère d'une lutte nationale; qu'il fallait affamer l'ennemi, intercepter les vivres aux hommes, le fourrage aux chevaux; travail d'autant plus aisé que les Gaulois étaient forts en cavalerie, et que la saison les favorisait; les Romains ne pouvaient encore fourrager au vert, il serait facile de les surprendre dans les habitations éloignées où le besoin les conduirait, et de les détruire ainsi en détail; mais le salut commun,—ajouta le chef des cent vallées,—exige des sacrifices particuliers; nous devons nous résoudre à brûler toutes nos habitations, tous nos villages et celles de nos villes qui ne sauraient se défendre, de peur qu'elles ne deviennent un refuge pour les lâches qui déserteraient notre cause, ou qu'elles ne servent à attirer l'ennemi, par l'espoir du butin: la population trouvera un refuge dans les cités éloignées du théâtre de la guerre. Ces mesures vous paraissent violentes et dures? mais vous serait-il plus doux de voir vos femmes outragées et captives? vos enfants chargés de chaînes? vos parents, vos amis égorgés? vous mêmes réservés à une mort honteuse? car voilà le sort qui vous attend si vous êtes vaincus.» (César, De Bello Gallico, liv. VII, chap. XIV.)
«.....Le chef des cent vallées fut écouté avec calme et résignation, aucun murmure ne l'interrompit, aucune objection ne s'éleva contre le douloureux sacrifice qu'il demandait; ce fut à l'unanimité que les chefs de tribus votèrent la ruine de leur fortune, et la dispersion de leurs familles. On appliqua sans délai ce remède terrible au pays que l'on craignait de voir occuper par l'ennemi... De toute part, on n'apercevait que le feu et la fumée des incendies; à la lueur de ces flammes, à travers ces décombres et ces cendres, l'on voyait une population innombrable se diriger vers la frontière, où l'attendaient un abri et du pain; souffrante et morne, mais non pourtant sans consolation, puisque ces souffrances devaient amener le salut de la patrie.» (Amédée Thierry, Hist. des Gaulois, t. III, chap. VIII, p. 103.)
[C] Le requin.
[D] Cri de guerre des Gaulois, signifiant frappe à la tête, assomme! (Latour d'Auvergne, Origines gauloises.)