—Absolument comme les cosaques et les Prussiens nous ont envahis?

—Absolument. Mais ce que les rois cosaques et prussiens, les bons amis des Bourbons, n'ont pas osé faire, non que l'envie leur en ait manqué, les Romains l'ont fait, et malgré la résistance héroïque de nos pères, toujours braves comme des lions; mais malheureusement divisés, ils ont été réduits en esclavage, comme le sont aujourd'hui les nègres des colonies.

—Est-il Dieu possible!

—Oui. Ils portaient le collier de fer, marqué au chiffre de leur maître, quand on ne marquait pas ce chiffre au front de l'esclave avec un fer rouge...

—Nos pères!—s'écria le vieillard en joignant les mains avec une douloureuse indignation,—nos pères!

—Et quand ils essayaient de fuir, leurs maîtres leurs faisaient couper le nez et les oreilles, ou bien les poings et les pieds.

—Nos pères!!!

—D'autres fois leurs maîtres les jetaient aux bêtes féroces pour se divertir, ou les faisaient périr dans d'affreuses tortures, quand ils refusaient de cultiver, sous le fouet du vainqueur, les terres qui leur avaient appartenu...

—Mais attends donc,—reprit le vieillard en rassemblant ses souvenirs,—attends donc! ça me rappelle une chanson de notre vieil ami à nous autres pauvres gens...

—Une chanson de notre Béranger, n'est-ce pas, grand-père? les Esclaves gaulois?