Le cardinal de Plouernel était un homme de soixante-cinq ans, grand, osseux, décharné. Il offrait, avec la différence de l'âge, le même type de figure que son neveu; son long cou, son crâne pelé, son grand nez en bec d'oiseau de proie, ses yeux écartés, ronds et perçants, donnaient à ses traits, en les analysant et en faisant abstraction de la haute intelligence qui semblait les animer, donnaient à ses traits, disons-nous, une singulière analogie avec la physionomie du vautour.
Somme toute, ce prêtre, drapé dans sa robe rouge de prince de l'église, devait avoir une physionomie redoutable; mais pour visiter son neveu il était simplement vêtu d'une longue redingote noire, strictement boutonnée jusqu'au cou.
—Pardon, cher oncle,—dit le colonel en souriant.—Ignorant votre retour, je ne comptais pas sur votre bonne et matinale visite... et...
Le cardinal n'était pas homme à s'étonner de ce qu'un colonel de dragons eût des maîtresses; aussi lui dit-il de sa voix brève et tranchante:
—Je suis pressé. Parlons d'affaires. Je reviens d'une longue tournée en France. Nous touchons à une révolution.
—Que dites-vous, mon oncle?—s'écria le colonel d'un air incrédule—Vous croyez?...
—Je crois à une révolution.
—Mais, mon oncle...
—As-tu des fonds disponibles? Si tu n'en as pas, j'en ai à ton service.
—Des fonds... pourquoi faire?