—Un honnête vieux mot, monsieur, qui veut dire manquer; Molière l'emploie souvent.
—Comment, Molière?—dit le comte surpris;—vous lisez Molière, mon cher? En effet, je remarquais tout à l'heure, à part moi, que vous vous serviez souvent du vieux langage.
—Je m'en vas vous dire pourquoi cela, monsieur: quand j'ai vu que vous me parliez environ comme don Juan parle à monsieur Dimanche, ou Dorante à monsieur Jourdain...
—Qu'est-ce à dire?—s'écria M. de Plouernel de plus en plus surpris, et commençant à se douter que le marchand n'était pas si simple qu'il paraissait,—que signifie cela?
—...Alors, moi,—poursuivit M. Lebrenn avec sa bonhomie narquoise—alors, moi, afin de correspondre à l'honneur que vous me faisiez, monsieur, j'ai pris à mon tour le langage de monsieur Dimanche ou de monsieur Jourdain... pardon de la liberté grande... Mais, pour revenir à mon idée... m'est avis, selon mon petit jugement, monsieur, m'est avis que vous ne seriez pas fâché de prendre ma fille pour maîtresse...
—Comment!—s'écria le comte tout à fait décontenancé par cette brusque apostrophe;—je ne sais pas... je ne comprends pas ce que vous voulez dire...
—Voire! monsieur... je ne suis qu'un bonhomme... je vous parle ainsi selon mon petit jugement.
—Votre petit jugement!... votre petit jugement!... mais il vous sert fort mal, monsieur; car, d'honneur, vous êtes fou; votre idée n'a pas le sens commun.
—Vraiment? ah bien, tant mieux!... Je m'étais dit, suivez bien, s'il vous plaît, mon petit raisonnement... je m'étais dit: Je suis un bon bourgeois de la rue Saint-Denis, je vends de la toile, j'ai une jolie fille; un jeune seigneur... (car il paraît que nous revenons au temps des jeunes seigneurs) un jeune seigneur a vu ma fille, il en a envie; il me fait une grosse commande, il ajoute des offres de service, et, sous ce prétexte...
—Monsieur Lebrenn... je ne souffre pas certaines plaisanteries de certaines gens...