[15] «..... La femme gauloise égale son mari en force; elle a les yeux encore plus sauvages lorsqu'elle est en colère; elle agite ses bras aussi blancs que la neige, et porte des coups aussi vigoureux que s'ils partaient d'une machine de guerre.» (Ammien-Marcellin. Voir aussi les notes des Martyrs, vol. XVIII, l. ix.)
«—Je n'ignorais pas que les Gaulois confient aux femmes les secrets les plus importants, et que souvent ils soumettent aux conseils de leurs filles et de leurs épouses les affaires qu'ils n'ont pu régler entre eux.» (Ibid., Martyrs, l. ix, p. 69).
«Si quelque Carthaginois se trouve lésé par un Gaulois, l'affaire sera jugée par le conseil suprême des femmes gauloises.» (Plutarque, cit. par Sainte-Foy, Essais sur Paris.)
Ceux qui n'évoquaient pas ces tragiques et glorieux souvenirs du passé voyaient dans mademoiselle Lebrenn une belle jeune fille de dix-huit ans, coiffée de ses magnifiques cheveux bruns, et dont la taille élégante se dessinait à ravir sous une jolie robe montante de popeline bleu tendre, que rehaussait une petite cravate de satin orange nouée autour de sa fraîche et blanche collerette.
Pendant que madame Lebrenn vérifiait ses livres de commerce, et que sa fille continuait de broder en causant avec sa mère, Gildas Pakou, le garçon de magasin, se tenait sur le seuil de la porte, inquiet, troublé, si troublé, qu'il ne songeait plus, selon son habitude, à citer, çà et là, quelques passages de ses chères chansons bretonnes.
Le digne garçon n'était préoccupé que d'une chose, du contraste étrange qu'il trouvait entre la réalité et les promesses de sa mère, celle-ci lui ayant annoncé la rue Saint-Denis en général et la demeure de M. Lebrenn en particulier, comme des lieux calmes et pacifiques par excellence.
Soudain Gildas se retourna et dit à madame Lebrenn d'une voix alarmée:
—Madame! madame! entendez-vous?
—Quoi, Gildas?—demanda la femme du marchand en continuant d'écrire tranquillement.
—Mais, madame, c'est le tambour... tenez... Et puis... ah! mon Dieu!... il y a des hommes qui courent!