--Pas d'armes!--s'écria Geneviève indignée;--est-ce qu'il est besoin d'armes? est-ce que les cailloux du chemin! est-ce que le courage ne suffisent pas pour écraser ces hommes?
--Hélas! nous ne sommes pas gens d'épée,--dit le disciple en regardant autour de lui avec inquiétude, car déjà les miliciens étaient assez près de là pour que leurs torches éclairassent en partie Geneviève, le disciple et plusieurs de ses compagnons, qu'elle aperçut alors, ça et là, endormis au pied des arbres. Ils s'éveillèrent en sursaut à la voix de leur camarade, effrayé, qui les appelait, allant de l'un à l'autre.
Les miliciens accouraient en tumulte; voyant à la lueur des flambeaux plusieurs hommes, les uns encore couchés, les autres se relevant, les autres debout, ils se précipitèrent sur eux, les menaçant de leurs épées et de leurs bâtons, car quelques-uns n'étaient armés que de bâtons, et tous criaient:
--Où est le Nazaréen?... dis-nous, Judas, où est-il?...
Le traître et infâme disciple, après avoir examiné à la lueur des torches ses anciens compagnons, retenus prisonniers, dit à l'officier.
--Le jeune maître n'est pas parmi ceux-ci.
--Nous échapperait-il cette fois?--s'écria l'officier.--Par les colonnes du Temple! tu nous a promis de nous le livrer, Judas; tu as reçu le prix de son sang, il faut que tu nous le livres!
Geneviève s'était tenue à l'écart; tout à coup elle vit à quelques pas, du côté du bois d'oliviers, comme une forme blanche qui, se détachant des ténèbres, s'approchait lentement vers les soldats. Le coeur de Geneviève se brisa; c'était sans doute le jeune maître, attiré par le bruit du tumulte. Elle ne se trompait pas. Bientôt elle reconnut Jésus à la clarté des torches; sur sa figure douce et triste on ne lisait ni crainte ni surprise.
Judas fit un signe d'intelligence à l'officier, courut au devant du jeune homme de Nazareth, et lui dit en l'embrassant:
--Je vous salue... mon maître! [1]