--Tu mens!...--dit celui qui soutenait Néroweg de l'autre côté.--Ses chevaux et ses armes m'appartiennent; je suis son plus ancien compagnon de guerre; il m'a dit: Si je meurs, mes armes et mes chevaux seront à toi.
--Non!--crièrent les autres chefs,--non! tout ce qui vient de Néroweg doit être tiré au sort entre nous.
Du seuil de la caverne, où j'entrais alors, je vis la dispute s'animer: les épées brillèrent et se croisèrent au milieu d'un bruyant tumulte, pendant que Néroweg, toujours inanimé, était abandonné et foulé aux pieds pendant cette lutte; elle allait devenir sanglante, lorsque Elwig, me laissant aux abords de son repaire, s'élança parmi les combattants, qu'elle s'efforça de séparer, en criant d'une voix éclatante:
--Honte et malheur aux lâches qui se disputent les dépouilles de celui qui n'est ni mort ni vengé!... Honte et malheur aux lâches qui se disputent les dépouilles du frère devant sa soeur!... Honte et malheur aux impies qui troublent le repos des lieux consacrés aux dieux infernaux!...
Puis, l'air inspiré, terrible, elle se dressa de toute sa hauteur, leva ses deux mains fermées au-dessus de sa tête en s'écriant:
--J'ai les deux mains remplies de malheurs redoutables... Faut-il que je les ouvre sur vous?... Tremblez! tremblez!...
À cette menace, les barbares effrayés courbèrent involontairement la tête, comme s'ils eussent craint d'être atteints par ces mystérieux malheurs, qui allaient s'échapper des mains de la prêtresse. Ils remirent leurs épées dans le fourreau: un grand silence se fit.
--Emportez l'Aigle terrible dans sa hutte,--dit alors Elwig;--la soeur va accompagner son frère blessé... le prisonnier gaulois sera gardé dans cette caverne par Map et Mob, qui m'aident aux sacrifices... Deux d'entre vous resteront à l'entrée de la caverne, l'épée à la main... La nuit approche... quand elle sera venue, Elwig reviendra ici avec Néroweg... Le supplice du prisonnier commencera, et je lirai les augures dans les eaux magiques où il doit bouillir jusqu'à la mort!...
Mon dernier espoir m'abandonna: Elwig, devant revenir avec son frère, renonçait sans doute au dessein que lui avait inspiré sa cupidité, dessein où je voyais mon salut... J'étais solidement garrotté, les mains fixées derrière le dos, un ceinturon enlaçant mes jambes me permettait à peine de marcher à très-petits pas. Je suivis les deux vieilles dans la grotte dont l'entrée fut gardée par plusieurs chefs armés. Plus j'avançais dans l'intérieur de ce souterrain, plus il devenait obscur. Après avoir ainsi assez longtemps marché sous la conduite des deux vieilles, l'une d'elles me dit:
--Couche-toi à terre si tu veux; le soleil a disparu; je vais, avec ma compagne, en attendant le retour d'Elwig, entretenir le feu sous la chaudière... tu n'attendras pas beaucoup.