Je poussai une seconde fois notre cri de guerre.
Le bruit du vent et des grandes eaux me répondit encore.
Voulant gagner du temps et me mettre en défense, je dis à Elwig:
--Le vent souffle de la rive; il porte ma voix au large; mais il repousse les voix qui ont peut-être répondu à mon signal... Attendons...
En parlant ainsi, je tâchais de voir à travers les ténèbres de quelle manière Riowag était armé. Il portait à sa ceinture un poignard, et tenait sa courte et large épée, qu'il venait de tirer du fourreau; Elwig avait son couteau à la main... Quoiqu'ils fussent côte à côte et près de moi, je pouvais d'un bond leur échapper... j'attendis encore.
Soudain j'entendis au loin le bruit cadencé des rames... mon appel était parvenu aux oreilles de Douarnek.
À mesure que l'heure décisive approchait, l'angoisse d'Elwig et de son compagnon devait augmenter... Me tuer, c'était pour eux renoncer aux trésors que mes soldats, leur avais-je dit, n'apporteraient qu'à ma voix; permettre à ceux-ci de débarquer, c'était laisser venir à moi des auxiliaires qui mettaient la force de mon côté. Elwig s'aperçut alors, sans doute, que sa cupidité sauvage l'avait menée trop loin, car voyant la barque s'approcher de plus en plus, elle me dit d'une voix altérée:
--On vante la parole gauloise... Tu me dois la vie... m'aurais-tu trompée par une fausse promesse?
Cette prêtresse de l'enfer, incestueuse, féroce, qui avait eu la pensée de me couper la langue pour s'assurer de mon silence, et qui pensait froidement à ajouter le fratricide à ses autres crimes, ne m'avait sauvé la vie que par un sentiment de basse cupidité; cependant je ne pus rester insensible à son appel à la loyauté gauloise; je regrettai presque mon mensonge, quoiqu'il pût être excusé par la trahison des Franks; mais, en ce moment, je dus songer à mon salut... Je sautai sur Riowag, et je parvins à le désarmer après une lutte violente, dans laquelle Elwig n'osa pas intervenir, de peur de blesser son amant en voulant me frapper... Me mettant alors en défense, l'épée à la main, je m'écriai:
--Non, je n'ai pas de trésor à te livrer, Elwig; mais si tu crains de retourner chez ton frère, suis-moi, Victoria te traitera avec bonté, tu ne seras pas prisonnière... je t'en donne ma parole... fie-toi à la foi gauloise...