Et ils reculèrent de nouveau.

«--Je vous ai déjà dit que c'était moi,--répondit le jeune maître en allant à eux;--puisque vous me cherchez, prenez-moi, mais laissez aller ceux-ci [2],»--ajouta-t-il en montrant du geste ses disciples, toujours retenus prisonniers.

L'officier fit un signe aux miliciens, qui ne semblaient pas encore tout à fait rassurés; cependant ils entourèrent Jésus pour le garrotter, tandis qu'il leur disait doucement:

«--Vous êtes venus ici armés d'épées, de bâtons, pour me prendre, comme si j'étais un malfaiteur?... J'étais pourtant tous les jours assis au milieu de vous, priant dans le temple... et vous ne m'avez pas arrêté [3]...»

Puis, de lui-même, il tendit ses mains aux liens dont on les garrotta. Les lâches disciples du jeune maître n'avaient pas eu le courage de le défendre; ils n'osèrent pas même l'accompagner jusqu'à sa prison, dès qu'ils ne furent plus contenus par les soldats, ils s'enfuirent de tous côtés [4].

[Note 2: ][ (retour) ] Évangile selon saint Jean, ch. XVIII, v. 4 et 8.

[Note 3: ][ (retour) ] Évangile selon saint Matthieu, ch. XXVI, v. 55.

[Note 4: ][ (retour) ] Évangile selon saint Matthieu, ch. XXVI, v. 56.

Un triste sourire effleura les lèvres de Jésus lorsqu'il se vit ainsi trahi, délaissé par ceux-là qu'il avait tant aimés et qu'il croyait ses amis.

Geneviève, cachée dans l'ombre par le tronc d'un olivier, ne put retenir des larmes de douleur et d'indignation à la vue de ces hommes abandonnant si misérablement le jeune maître; elle comprit pourquoi les docteurs de la loi et les princes des prêtres, au lieu de le faire arrêter en plein jour, le faisaient arrêter durant la nuit: ils craignaient les colères du peuple et des gens résolus comme Banaïas; ceux-là n'auraient pas laissé enlever sans résistance l'ami des pauvres et des affligés.