--Salut à Victoria la Grande,--avait dit l'ancien gouverneur de Gascogne.
--Salut à vous, Tétrik.
--La nuit vous a-t-elle, Victoria, porté conseil?
--Tétrik,--répondit Victoria d'un ton parfaitement calme et qui contrastait avec l'agitation où je venais de la voir plongée,--Tétrik, vous êtes poëte?
--À quel propos, je vous prie, cette question?
--Enfin... vous faites des vers?
--Il est vrai... je cherche parfois dans la culture des lettres quelque distraction aux soucis des affaires d'État... et surtout aux regrets éternels que m'a laissés la mort de notre glorieux et infortuné Victorin... auquel je survis contre mon attente... Je vous l'ai souvent répété, Victoria... en nous entretenant de ce jeune héros... que j'aimais aussi paternellement que s'il eût été mon enfant... J'avais deux fils, il ne m'en reste qu'un... je suis poëte, dites-vous? hélas!... je voudrais être l'un de ces génies qui donnent l'immortalité à ceux qu'ils chantent... Victorin vivrait dans la postérité comme il vit dans le coeur de ceux qui le regrettent! Mais à quoi bon me parler de mes vers... à propos de l'important sujet qui me ramène auprès de vous?
--Comme tous les poëtes... vous relisez plusieurs fois vos vers afin de les corriger?
--Sans doute... mais...
--Vous les oubliez, si cela se peut dire, à cette fin qu'en les lisant de nouveau vous soyez frappé davantage de ce qui pourrait blesser votre esprit et votre oreille.