--J'ai été sagement inspirée en voulant vous entendre une seconde fois, Tétrik... Et d'abord, dites-moi, vous avez abjuré pour la religion nouvelle l'antique foi de nos pères? la Gaule, presque tout entière, est cependant restée fidèle à la foi druidique.

--Aussi ai-je tenu, par politique, mon abjuration secrète, d'accord en cela avec le pape de Rome; mais si, acceptant mon offre, vous abjuriez aussi votre idolâtrie lors de notre mariage, je confesserais très-haut ma nouvelle croyance; et, selon la profonde prévision des évêques, votre conversion, à vous, Victoria, l'idole de notre peuple, entraînerait la conversion des trois quarts du pays; le reste suivra bientôt, car j'ai la promesse des évêques qu'ils vous glorifieront comme une sainte au milieu des pompes splendides de la nouvelle Église; et, croyez-moi, Victoria, un pouvoir consacré au nom de Dieu par les prélats gaulois et par le pape qui siége à Rome, aura sur les peuples une autorité presque divine...

--Dites-moi, Tétrik, vous avez abjuré la croyance de nos pères pour la foi nouvelle, pour l'Évangile prêché par ce jeune homme de Nazareth, crucifié à Jérusalem il y a plus de deux siècles... À cette foi nouvelle, vous croyez sans doute?

--L'aurais-je embrassée sans cela?

--Cet Évangile, je l'ai lu... une aïeule de Scanvoch a assisté aux derniers jours de Jésus, l'ami des esclaves et des affligés... Or, dans les tendres et divines paroles du jeune maître de Nazareth, je n'ai trouvé que des exhortations au renoncement des richesses, à l'humilité, à l'égalité parmi les hommes... et voici que, fervent et nouveau converti, vous rêvez la royauté...

--Un mot, Victoria...

--Écoutez encore, Tétrik... Le jeune homme de Nazareth, si doux, si aimant pour les souffrants, les coupables et les opprimés, parfois éclatait pourtant en de terribles menaces contre les riches, les puissants, les heureux du monde... et surtout, et toujours... il tonnait contre les princes des prêtres, qu'il traitait d'infâmes hypocrites. Or, voici que vous, fervent et nouveau converti, vous voulez mettre cette royauté, que vous rêvez, sous la consécration des évêques dont le chef siége à Rome... et je m'inquiète en songeant que le premier de ces princes des prêtres a été ce disciple de Jésus, ce Pierre, qui, par une indigne lâcheté, a renié trois fois son doux maître la nuit de sa mort!

--Victoria, rien de plus facile à vous expliquer que ma conduite.

--Écoutez encore, Tétrik... Le jeune homme de Nazareth disait à ses disciples: «Enfermez-vous pour prier seul et en secret, sous l'oeil de Dieu; fuyez, dans vos dévotions, le regard des hommes.» Et voici que vous, fervent et nouveau converti, vous me parlez de rendre notre abjuration et nos prières publiques pompeuses, solennelles... puisque les évêques doivent glorifier ma conversion à la face de l'univers... Vraiment, ma faible intelligence, encore fermée à la lumière de la foi nouvelle, ne peut, je vous l'avoue, Tétrik, comprendre ces contradictions étranges.

--Rien de plus simple cependant.