--Le don de ces pierreries, dont je m'amusais à me parer lorsque tu es entré... Je me croyais seule pour la nuit.

--Tétrik a failli mourir par le poison... Crois-tu son écuyer coupable de ce crime?

--Tout poison a son contre-poison,--me répondit la Bohémienne avec un sourire sinistre.--Celui qui en frappant paraît aussi frappé, éloigne de lui tout soupçon...

La réponse de cette femme fut pour moi un trait de lumière... Tétrik, par une ruse infernale, et sans doute garanti de la mort grâce à un antidote, avait pris assez de poison pour paraître partager le sort de Victoria, en exagérant d'ailleurs les apparences du mal.

Saisir une écharpe sur le lit, et, malgré la résistance de la Bohémienne, lui lier les mains et l'enfermer ensuite dans la salle basse, ce fut pour moi l'affaire d'un moment... Je courus aussitôt chez le général de l'armée... Parvenant à grand'peine jusqu'à lui, à cette heure avancée de la nuit, je lui racontai les aveux de Kidda. Il haussa les épaules d'un air mécontent, et me dit:

--Toujours cette idée fixe... Ton cerveau est complétement dérangé... M'éveiller pour me conter de pareilles folies!... Tu choisis d'ailleurs mal ton moment pour accuser le vénérable Tétrik: hier soir il a quitté Trêves pour retourner à Bordeaux.

Le départ de Tétrik était funeste... Cependant j'insistai si vivement auprès du général, je lui parlai avec tant de chaleur et de raison, qu'il consentit à me faire accompagner par un de ses officiers, chargé de recueillir les aveux de la Bohémienne... Lui et moi, nous arrivâmes en hâte au logis... J'ouvris la porte de la salle basse, où j'avais laissé Kidda garrottée... Sans doute elle avait rongé l'écharpe avec ses dents et pris la fuite par une fenêtre encore ouverte et donnant sur le jardin... Dans mon trouble et ma précipitation, je n'avais pas songé à cette issue...

--Pauvre Scanvoch!--me dit l'officier avec compassion,--le chagrin te rend visionnaire... tu es complétement fou...

Et sans vouloir m'écouter davantage il me quitta.

La volonté des dieux s'accomplit... Je renonçai à l'espoir de dévoiler les forfaits de Tétrik... Le lendemain, je quittai avec toi et Sampso, ta seconde mère, mon enfant, la ville de Trêves pour la Bretagne.