--Femme, cette alarme est faiblesse.

--Les mères sont faibles et craintives, Jocelyn... Il ne faut pas tenter Dieu...

Le vieil Araïm cesse un moment de travailler à son filet; sa tête se baisse sur sa poitrine... il rêve.

--Qu'avez-vous, mon père, que vous voici tout pensif? Croyez-vous, comme Madalèn, qu'un malheur menace Karadeuk, parce que, par une nuit de tempête, il a voulu voir une Korrigan?

--Je pense, non point aux fées, mais à la nuit de tempête, Jocelyn... Je t'ai lu, ainsi qu'à tes enfants, les récits de notre aïeul Joel, qui vivait il y a cinq cents et tant d'années, sinon dans cette maison, du moins dans ces lieux où nous sommes.

--Oui, mon père.

--Sais-tu à quoi je suis là songeant?

--A quoi donc, grand-père?

--A quoi? dis-tu, mon Karadeuk, mon adroit archer? Je songeais que par un pareil jour de tempête, le bon Joel et son fils, avides de récits, comme de curieux Gaulois qu'ils étaient...

--Ont fait ce bon tour d'arrêter un voyageur dans la cavée du Chraig'h (j'y suis encore passé ce matin, dit Kervan); puis ils ont garrotté cet étranger, et l'ont amené à la maison pour l'entendre raconter...