--Voici le colporteur! le voici...
C'était lui... Il secoua au seuil de la porte ses bottines de voyage, si couvertes de neige, qu'il semblait porter des chaussons blancs. Homme robuste, d'ailleurs, trapu, carré, dans la force de l'âge, à l'air jovial, ouvert et déterminé. Madalèn, toujours inquiète, ne le quittait point des yeux, et par deux fois elle fit signe à son fils de revenir à ses côtés; le colporteur, relevant le capuchon de son épaisse casaque où miroitait le givre, se débarrassa de sa balle, lourd fardeau qui semblait léger pour ses fortes épaules; puis, ôtant son bonnet de laine, il s'avança vers Araïm, le plus vieux de la maisonnée:
--Longue vie et heureux jours aux gens hospitaliers! c'est le voeu que fait pour toi et ta famille Hêvin, le colporteur. Je suis Breton; je m'en allais à Falgoët, lorsque la nuit et la tempête m'ont surpris sur la côte; j'ai vu au loin la lumière de cette demeure, je suis venu, j'ai appelé, l'on m'a ouvert... Encore une fois, merci aux gens hospitaliers...
--Madalèn, qu'avez-vous à rêver ainsi, pensive et triste? la bonne figure et les bonnes paroles de ce colporteur ne vous rassurent-elles pas? lui croyez-vous une Korrigan dans sa manche?
--Mon père, demain appartient à Dieu... Je me sens plus chagrine encore depuis l'entrée de cet étranger.
--Plus bas, parlez plus bas encore, chère fille; ce pauvre homme pourrait vous entendre et se chagriner... Ah! ces mères! ces mères!
Et s'adressant à l'étranger:
--Approche-toi du feu, brave porte-balle; la nuit est rude. Karadeuk, en attendant le souper, un pot d'hydromel pour notre hôte.
--J'accepte, bon vieux père... le feu réchauffera le dehors, l'hydromel le dedans.
--Tu me parais un joyeux routier?