Les deux voleurs crucifiés, on redressa leurs croix, sur lesquelles ils se tordaient en gémissant, elles furent enfoncées en terre et affermies au moyen de pierres et de pieux.

--Allons, Nazaréen,--dit l'un des bourreaux à Jésus en s'approchant de lui, tenant d'une main son lourd marteau, de l'autre plusieurs grands clous,--allons, es-tu prêt? Va-t-il falloir user de violence envers toi comme envers tes deux compagnons?

--De quoi se plaignent-ils?--répondit l'autre bourreau;--l'on est pourtant si à l'aise sur une croix... les bras étendus, comme un homme qui se détire après un long sommeil!...

Jésus ne répondit pas; il se dépouilla de ses vêtements, se plaça lui-même sur l'instrument de son supplice, étendit ses bras en croix, et tourna vers le ciel ses yeux noyés de larmes...

Geneviève vit alors les deux bourreaux s'agenouiller de chaque côté du jeune maître de Nazareth, et saisir leurs longs clous, leurs lourds marteaux... L'esclave ferma les yeux... mais elle entendit les coups sourds des marteaux faisant pénétrer les clous dans la chair vive, tandis que les deux voleurs crucifiés continuaient de pousser des hurlements de douleur... Le bruit des coups de marteau cessa; Geneviève ouvrit les yeux... La croix à laquelle on avait attaché le jeune maître de Nazareth venait d'être dressée et placée au milieu de celles des deux autres crucifiés.

Jésus, le front couronné d'épines, ses longs cheveux blonds collés à ses tempes par une sueur mêlée de sang, la figure livide et empreinte d'une douleur effrayante, les lèvres bleuâtres, semblait au moment d'expirer; tout le poids de son corps pesant sur ses deux mains clouées à la croix, ainsi que ses pieds, et d'où le sang ruisselait, ses bras se raidissaient par de violents mouvements convulsifs, tandis que ses genoux à demi fléchis s'entre-choquaient de temps à autre.

Alors Geneviève entendit la voix déjà presque agonisante des deux voleurs qui, s'adressant à Jésus, lui disaient:

--Maudit sois-tu... Nazaréen! maudit sois-tu, toi, qui nous disais que les premiers seraient les derniers... et les derniers les premiers!... nous voici crucifiés... que peux-tu faire pour nous?

--Maudit sois-tu, toi, qui promettais la consolation aux affligés!--reprit l'autre voleur...--nous voici crucifiés, où est notre consolation?

--Maudit sois-tu... toi qui nous disais que ceux-là seuls qui sont malades ont besoin de médecin!... nous voici malades... où est le médecin?