--À moi le vase d'or,--s'écria le comte, et montrant le calice du bout de son épée à un de ses hommes, qui le suivait à pied, ajouta:--Karl, mets cela dans ton sac...

Ces pillards avaient toujours sur leurs talons quelques porteurs de grands sacs, où ils enfouissaient le butin; mais au moment où Karl s'apprêtait à obéir au comte, celui-ci aperçut plus loin, étincelants dans l'herbe aux rayons du soleil levant, les autres vases d'or et d'argent, emportés de la villa épiscopale. Neroweg, faisant faire alors un grand bond à son cheval, s'écria:

--À moi ces trésors... remplis ton sac, Karl... appelle Rigomer, qu'il remplisse aussi le sien... À moi tous!...

--Non pas à toi seul... mais à nous!--s'écrièrent les leudes qui le suivaient;--à nous aussi ces richesses... Ne sommes-nous pas tes égaux?...

--Égaux à la bataille... nous sommes égaux au partage du butin; n'oublie pas ceci, Neroweg...

--Souviens-toi qu'au pillage de Soissons, le grand roi Clovis lui-même... n'osa pas disputer un vase d'or à l'un de ses guerriers.

--À nous donc ces trésors comme à toi... et faisons à l'instant le partage...

Le comte n'osa pas résister aux réclamations des leudes, car ces guerriers, tout en reconnaissant un chef, traitaient toujours avec lui de pair à pair. Aussi plusieurs de ces pillards descendirent de cheval, convoitant des yeux les calices, les boîtes à Évangiles, les patènes, les coupes, les plats, les bassins et autres orfévreries d'or et d'argent... Déjà, se précipitant, se heurtant, ils allongeaient les mains vers ces richesses, lorsqu'une voix retentissante, qui semblait venir du ciel, s'écria:

--Arrêtez, sacrilèges! Dieu vous entend... Dieu vous voit!... Si vous osez porter une main impie sur les biens de l'Église, vous êtes damnés...

À cette voix, d'en haut, le comte Neroweg pâlit, trembla de tous ses membres, et tomba à genoux... Plusieurs leudes l'imitèrent, frappés de terreur.