--Est-ce ta voix, patron?--murmura Neroweg toujours la face contre terre, sans oser encore lever les yeux,--est-ce ta voix, saint évêque, ou est-ce un piége de Satan?
--C'est moi-même... moi, ton évêque... en douter serait un sacrilége!
--D'où viens-tu, bon patron?
--Ne te l'ai-je pas dit?... je descends du ciel... Le Seigneur, après le sac de la villa épiscopale, me voyant emmené par les Vagres, à jamais damnés! a envoyé à mon secours des anges exterminateurs, revêtus d'armures d'hyacinthe, et armés d'épées flamboyantes; ils m'ont arraché des mains des Philistins, m'ont pris sur leurs ailes d'azur et d'argent, et m'ont emporté vers le ciel, où, moi, serviteur indigne du Roi des rois, j'ai eu la délectation, la jubilation de contempler la face resplendissante de l'Éternel au milieu des chants des séraphins et des parfums du paradis...
--Miracle!--répéta la foule tout d'une voix.--Miracle!...
--Notre saint évêque a vu le Seigneur en face.
--Saint Cautin,--reprit Neroweg,--tu me protégeras, bon patron, mon cher père en Dieu!
--Oui, si tu te prosternes toujours devant les évêques du Seigneur, et si tu enrichis son Église... Il l'a dit... il te le répète par ma voix!...
--Je te ferai bâtir une chapelle en ce lieu, s'il le faut, saint évêque, pour glorifier ce grand miracle...
--Ce n'est point assez, m'a dit le Seigneur, qui dans sa toute-puissance et omnipotence devinait ta pensée... Non, ce n'est point assez... Voici ses paroles sacrées, écoute-les bien, comte: