--Vive l'infaillible jugement du Seigneur!--s'écrièrent les leudes, frappés d'admiration.--Vive le Christ!
--Je le disais bien,--ajouta le comte,--ces deux larrons se sont entendus pour voler mon écuelle... Demain ils auront tous deux l'oreille coupée et seront mis à la torture jusqu'à ce qu'ils aient avoué où ils ont caché leur larcin...
--Tais-toi, comte!...--s'écria Justin en rugissant de douleur et de rage.--Les larrons, les pillards, c'est toi et tes hommes... J'aurais volé l'écuelle, que je n'aurais fait que voler un voleur... mais je ne l'ai pas volée... aussi vrai que je renie ce dieu menteur qui me condamne.
--Malheureux!... blasphémer!... renier Dieu!... Moi, son serviteur, je t'ordonne en son nom de...
--Tais-toi, prêtre... tu ne me tromperas plus... Ta religion n'est que mensonge et fourberie, puisque ton dieu témoigne contre les innocents... Oh! que je souffre!... que je souffre!...
--Ces souffrances sont les peines anticipées de l'enfer, où tu brûleras éternellement, larron sacrilége!... Dieu prouve ton crime, et tu as l'audace de te révolter contre son jugement!...
--Tais-toi, clerc... Non, ton dieu n'existe pas, ou s'il existe, il est méchant et menteur, comme les imposteurs qui se disent ses prêtres!...
--Scélérat!... tu veux donc attirer sur cette maison le courroux du ciel! Ah! seigneur comte... je tremble des malheurs qui nous menacent si cet audacieux impie continue ses blasphèmes.
Neroweg n'avait pas attendu l'observation de son clerc pour s'épouvanter des sacriléges paroles de l'esclave gaulois, et pâle, tremblant, il frémissait à cette pensée qu'appelé par les effrayants blasphèmes du condamné, le diable pouvait soudain paraître pour emporter ce scélérat, et, par occasion, l'emporter peut-être aussi, lui, Neroweg, pour payement de quelque restant de compte infernal non réglé avec le bienheureux évêque Cautin; aussi le comte s'écria-t-il, frappé d'une idée subite:
--Forgeron, tes tenailles sont encore dans le brasier et toutes rouges?...